De quel Scrum parlons-nous ?

Scrum, un bien commun !

Sommaire

Je définis Scrum comme un outil, mais de quel Scrum s’agit-il ?

Comment se situe le Scrum dont je parle ici et dans mes livres ?

Un Scrum loyal vis-à-vis de la référence

Un peu d’histoire

Pendant longtemps, il n’y a pas eu de référence pour Scrum. Après l’article de Schwaber de 1996, il y a eu quelques livres, de nombreux articles mais aucun n’a atteint le statut de référence.

La création de la Scrum Alliance vers 2005 a fourni des éléments de présentation, mais son objectif était surtout la mise en place d’un système de certification lucratif (qui a bien fonctionné). Entre 2005 et 2010, Mike Cohn a, par ses écrits et sa fameuse présentation distribuable sous licence Creative Commons, fortement contribué à la diffusion de Scrum.

C’est finalement en 2010 que Schwaber (qui avait quitté la Scrum Alliance avec fracas) et Sutherland ont publié la première version du Guide Scrum.

J’ai donc écrit la première édition de mon livre Scrum avant que le Guide Scrum n’existe. D’ailleurs le sous-titre de mon livre comportait le mot guide, afin de répondre à un besoin (pour les francophones) :

Le guide pratique de la méthode agile la plus populaire.

Ce sous-titre a été conservé jusqu’à l’édition 5 en 2018.

Le guide Scrum

Le Guide Scrum est un petit document d’une vingtaine de pages. Il est écrit par les fondateurs de Scrum qui le présentent comme le guide officiel : official Scrum Body of Knowledge. Depuis sa première parution en 2010, il a fait l’objet de mises à jour en 2011, 2013, 2016, 2017 et 2020. La dernière version, que ses auteurs ont voulue simple, comporte seulement treize pages.

Il possède une licence Creative Commons (mais je vois un TM apparu sur la page qui le présente !).

Ma position par rapport au guide Scrum

Dès 2006, j’avais traduit en français la présentation Scrum de Mike Cohn.

Quand le Guide Scrum est sorti, j’ai naturellement participé au travail collectif de traduction des premières versions. J’ai ensuite suivi et commenté les évolutions entre les versions successives. Les premières, car après c’est passé par des traducteurs “officiels”, mais médiocres.

Je considère le Guide Scrum comme la référence. Cependant je ne le tiens pas pour le dogme absolu (ce qu’il ne cherche pas à être) et prends quelques libertés avec :

  • la première raison est que j’écris en français alors que le guide d’origine est en anglais. La traduction est un art difficile, le sens des mots n’est pas équivalent d’une langue à l’autre. J’ai réalisé de nombreuses traductions et je revendique le droit, pour mon livre, d’utiliser les mots qui me paraissent les plus adaptés ;
  • la deuxième raison porte sur des différences de point de vue. Le guide est focalisé sur Scrum et ne parle que de ça, tandis que j’aborde l’usage de Scrum bien plus en détail dans des contextes variés, en incorporant de nombreuses notions non Scrum;
  • enfin, j’ai quelques divergences sémantiques, en particulier sur ce qui a été ajouté dans la dernière version. Vous en aurez une idée en lisant ma série Déconstruction du Guide Scrum 2020. Lisez aussi ce qu’en pense Pablo en lisant sa nouvelle préface.

Exercer une pensée critique sur cet opuscule me parait de nature à aider mes lecteurs et lectrices à s’approprier Scrum.

Un Scrum indépendant

Certains estiment que si Scrum s’est diffusé aussi largement, c’est grâce au mécanisme de certification mis en place par la Scrum Alliance. Je n’en suis pas si sûr. Cependant il est indéniable que les certifications ont une place importante dans la formation à Scrum. Je ne compte plus les personnes qui m’ont sollicité pour obtenir leur certification Scrum.

Quand l’objectif premier n’est pas d’être bien formé mais d’être certifié, c’est qu’on est entré dans un système d’évaluation perverti. Ce système est entretenu par les organismes de formation qui délivrent eux-mêmes leur propre certification, ce qui va à l’encontre de l’évaluation indépendante qui devrait en régir l’obtention.

Après la Scrum Alliance et sa certification CSM, Ken Schwaber a fondé Scrum.org qui a repris ce principe pyramidal en remplaçant le C de certifié par le P de professionnel, et en multipliant les offres pour chaque rôle et différents contextes. Alléchés par l’appât du gain, d’autres ont essayé de trouver leur place dans ce marché de la formation certifiante.

Il existe donc une offre pléthorique de certifications, qui ne se limitent pas à Scrum.

De nombreux formateurs et coachs Scrum font partie du système, ils en sont même dépendants, ce qui limite forcément leur esprit critique.

J’ai eu la chance de pouvoir rester indépendant de ce système pernicieux. Je n’ai aucun mal à considérer Scrum comme un patrimoine commun, qui n’est plus la propriété de ses créateurs.

Un Scrum en français

La première rencontre que l’on a avec une nouvelle culture se fait avec les mots utilisés. Et Scrum utilise un vocabulaire particulier.

Pour vous aider à comprendre le sens des termes, j’ai ajouté un glossaire à la fin du livre. Beaucoup de mots nouveaux, qui sont arrivés en anglais. Dans sa diffusion en France, quelques-uns sont restés en anglais, d’autres ont été traduits.

Le vocabulaire a évolué en dix ans et continue de changer.

Termes non traduits

Des mots de Scrum comme sprint et feedback sont dans le dictionnaire français depuis un bout de temps. C’est le même mot en anglais et en français.

Dans ce livre certains termes anglais du « Scrum/Agile» ne sont pas traduits. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de tentatives. Pour la plupart, des traductions ont été proposées mais n’ont finalement pas été retenues par les utilisateurs.

Dans cette liste, on trouve : backlog, story, Product Owner, Scrum Master, burndown. J’explique dans les chapitres concernés pourquoi j’ai choisi de ne pas les traduire.

Termes traduits

D’autres termes Scrum sont utilisés dans leur traduction française. Pour certains, leur usage est important, mais, malheureusement de mon point de vue, n’est pas généralisé. Dans le langage courant, et parfois même dans des écrits, on trouvera: definition of done, daily scrum, sprint planning meeting, sprint review, timebox, impediment. Je défends vigoureusement l’usage du français, avec respectivement: définition de fini, mêlée quotidienne, réunion de planification du sprint, revue du sprint, boîte de temps, obstacle.

Parfois, on entend des locutions franglaises comme définition de ready ou test d’acceptance, au lieu de définition de prêt et test d’acceptation. J’avoue que cela m’attriste, après m’avoir irrité, mais il y a des combats plus importants.

Le vocabulaire évolue avec des termes qui prennent plus d’importance et les retours du terrain.

Comme le français est une langue vivante, on peut penser que certains mots de Scrum seront bientôt adoptés, comme backlog.

Un Scrum élargi

C’est bien normal qu’en une quinzaine de pages le Guide Scrum se concentre sur la mécanique du sprint, et ne puisse qu’effleurer les valeurs et les principes.

Mais cela peut amener à considérer Scrum davantage comme un processus (un cadre de processus, si on veut) que comme un outil appelant une nouvelle philosophie du travail. La nature radicale de Scrum – en particulier l’auto-organisation – est souvent diluée dans l’application mécanique d’éléments de méthode.

Élargir Scrum, c’est se poser la question du commencement, tout ce qui concerne les conditions initiales pour rendre possible l’auto-organisation. J’y réponds dans mon livre par une partie dédiée, le Prélude.

Élargir Scrum, c’est aussi se poser la question de la finalité, c’est-à-dire se préoccuper de ce qui sera réalisé, les produits ou services pour les utilisateurs. Considérer Scrum comme une technique neutre d’optimisation de travail en équipe n’est pas à la hauteur des enjeux actuels.

L’auto-organisation donne à réfléchir sur la façon de travailler ensemble ; il est temps d’élargir cette réflexion, et la quête de sens qui va avec, aux résultats du travail.

Faire de Scrum un outil convivial

Scrum est un outil d’équipe ; c’est à ce niveau que se conjuguent de façon optimale l’efficacité et l’autonomie avec la capacité donnée à chacun de façonner son propre avenir.

Le Scrum que je défends n’est pas un outil neutre, il est mis au service d’une intention, celle de peser sur les innovations en prenant en compte les aspects sociaux et les enjeux climatiques.

Dans mon livre, à la fin de l’introduction, je reprends la citation d’Ivan Illich :

L’outil convivial est celui qui me laisse la plus grande latitude et le plus grand pouvoir de modifier le monde au gré de mon intention.

La mienne d’intention, avec cette nouvelle édition de Scrum, est de contribuer à en faire un un outil et même un outil convivial (pour une agilité radicale).

De quel Scrum parlons-nous ?

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